• "Copains comme cochons"

    Connaissiez-vous l'origine de l'expression "Copains comme cochons" ?

    Les Grandes Heures d'Anne de Bretagne (1503 1508), Jean Bourdichon

    En réalité, nous devrions dire : "Copains comme soçons".
    Dans cette expression, le mot "cochon" est une déformation du mot "soçon" issu du latin "socius", uni, joint, associé, compagnon. Soçon a parfois été modifié en "chochon" qui désignait "le camarade".
    Chevaux de trait comtois (soçons)Autrefois, dans certaines régions de France, un "soçon" était un cheval de trait prêté pour labourer à deux chevaux par quelqu'un à qui l'on prêtait soi-même le sien lorsqu'il en avait besoin pour la même tâche.
    "Socius" étant issu du verbe "sequor" (suivre), nous retrouvons sa racine dans le mot "société", "associer" - entre autre - mais également dans le mot "secte" (du latin "secta" : ligne de conduite, façon de vivre, principes).

    Quant  au  mot  "copains", dérivé  de  "compagnon", il  est  une  altération  du  mot "compainz"  employé  vers  la  fin  du  XIe siècle. "Compagnon"  issu  du  latin  populaire  "companio"  est  composé  de  "cum" (avec)  et  de  "panis" (pain), ce  qui  signifie au  sens  littéral "celui qui partage son pain avec".

    Au  cours  du  temps, il  s'étendra  au  sens  de  "celui  qui  partage  ses  activités  avec  quelqu’un".
    Qui dit compagnon dit compagnonnage.

     

    Le Compagnonnage

    En Égypte, à Rome, et dans toutes les civilisations bâtisseuses, les ouvriers et les artisans se regroupaient, s’épaulaient et échangeaient leurs connaissances.

    La Tour de Babel, Pieter Brueghel l'Ancien (1563)Le compagnonnage est un groupement de personnes dont le but est généralement entraide, protection, éducation et transmission des connaissances  entre  tous  ses  membres. L'un des plus fameux exemples de compagnonnage que nous  connaissions  aujourd'hui en France est celui des Compagnons du Devoir.

    Les  légendes  font  naître  le  compagnonnage au Xe  siècle av. J.C. sur  le  chantier mythique du  premier  Temple  de Jérusalem (959  à 951 av. J.C.). Là, sous l’autorité du roi Salomon et de son architecte Hiram, un ordre compagnonique aurait vu le jour, organisé autour de deux autres personnages : maître Jacques, tailleur de pierre, et le père Soubise, charpentier. Jacques et Soubise auraient introduit le rite en Gaule.


    Les différentes sociétés de Compagnonnage se sont rangées sous les bannières de Salomon,
    Polyèdre taillé par un Compagnon (1906), Champniers - France

    Maître Jacques et Soubise.
    Maître Jacques est par tradition l'ancêtre de deux corporations de Compagnons tailleurs de  pierre  qui  virent  le  jour  en  558 av. J.C. : les  "Loups", pour  les  uns, qui  se  plaçaient  à  la  tête  de  tous  les  autres  corps  du  Devoir, et  les  "Loups  Garous"  pour  les  autres.
    Le Père Soubise, lui, est considéré comme étant fondateur de la corporation des charpentiers, surnommés les "Renards" ou "Enfants de Salomon".


    L'étude comparée des traditions inhérentes à différents pays du monde semble montrer que ces artisans se sont transmis des connaissances plus ou moins secrètes, de génération en génération.
    Rose sud (1205 à 1240), cathédrale de Chartres - FranceC'est à cette élite d’hommes de métier en quête d’excellence que nous devons tant de cathédrales, églises, abbayes  et  autres  édifices  médiévaux  européens (des signes tracés dans les pierres et dans les charpentes, particuliers  aux  compagnons  y  sont  reconnaissables) : témoins  tant  de  leurs  connaissances  très  avancées  en matière de technique architecturale que de leur savoir-faire.


    De ce temps des cathédrales ils nous est parvenue une expression toujours usitée : le "Pot de vin".
    Le pot de vin qui, de nos jours est devenu synonyme de corruption  était  au  XIIe  siècle  un  "bonus"  offert aux Compagnons  qui  avaient  accompli  leur  tâche en un temps plus court que prévu : ces derniers pouvaient se rendre  à  l'auberge  ou  à  la  taverne  du  lieu  où  se situait  le  chantier  afin  d'y  percevoir  un  "pourboire"  sous  la  forme  d'un  pot  de  vin.
    Miséricorde en bois (XIVe - XVe siècle), abbaye de Sainte-Foy, Conques - France.

    Très vite, à l'instar de celles des tailleurs de pierres et des charpentiers, d'autres corporations furent créées : le savoir-faire compagnonnique s'étendit à l'ébénisterie d'art, au travail des métaux, à la couverture (toiture), travail du cuir (selliers, cordonniers, bottiers), travail  des  textiles  et, plus récemment, aux  métiers  de  la  plomberie, de  la  carrosserie  et  aux métiers  de bouche.

    La première mention indiscutable des pratiques compagnonniques remonte à l'année 1420, lorsque le roi Charles VI rédige une ordonnance pour les cordonniers de Troyes dans laquelle il est dit que :
    "Plusieurs compagnons et ouvriers du dit mestier, de plusieurs langues et nations, alloient et venoient de ville en ville ouvrer pour apprendre, congnoistre, veoir et savoir les uns des autres."

    Les Compagnons du Devoir, du Tour de France, et ceux des métiers du bâtiment, sont Rampe d'Escalier, du Château de Bellevue (XVIII siècle) propriété de Madame de Pompadour à Meudontoujours bien vivants. Leurs précieux savoirs et leurs secrets de construction en font des hommes considérés et admirés de tous. Aujourd'hui encore, ils continuent d'accueillir les jeunes gens désireux d'exercer les métiers exigeant intelligence manuelle et créativité afin de les former, leur transmettant ainsi les précieux savoir-faire ancestraux.
    Mais cet apprentissage n'est pas un apprentissage comme les autres ; il est dispensé sous un double aspect : une pédagogie, reposant sur le métier au contact des Anciens selon une règle très stricte basée sur la transmission des valeurs morales d'honnêteté, de respect, d'humilité, d'assiduité, de rectitude, de rigueur, de solidarité, d'adaptabilité, d'ouverture d'esprit et de partage.

    La durée de l’apprentissage varie selon les individus, les corps de métiers et les groupements compagnonniques et peut s'étendre de trois à sept ans (parfois plus). Il s'échelonne en trois étapes : Apprenti, Compagnon sédentaire ou itinérant, Compagnon fini ou Maître.

    L'apprentissage inclut également une période de "cavale" (un an au minimum), c'est-à-dire de voyage - obligations familiales permettant - à travers la France et au-delà de ses frontières. Le but de cette "cavale" est de parfaire et enrichir les connaissances auprès de plusieurs autres maîtres, en divers lieux (ou de chantier en chantier).

    Le Compagnonnage est un modèle unique d'apprentissage professionnel, mais aussi éthique. Ensemble de la façade ouest (1145 et 1155), cathédrale de ChartresC'est le consentement à la règle commune qui unit les Compagnons du Devoir, ainsi que le sens de l'honneur. Cet esprit de corps ne signifie pas que chacun doive renoncer à sa singularité. Au contraire, l'unité et donc la richesse du Compagnonnage est faite de différences ; chaque individu a sa place et participe, avec ses particularités, à l'intérêt commun.
    Depuis 1842, tout étranger peut être admis, pourvu qu'il entende et parle correctement la langue française. Actuellement, les compagnons du devoir sont présents dans 45 pays des cinq continents, et dans toutes les régions de France.

     

    La Cayenne, la Mère   
    - La Cayenne - du latin "caya", demeure, maison - est le lieu où se réunissent les Cayenne de Brives-la-Gaillarde - Francecompagnons. Par extension, la cayenne désigne l’assemblée des compagnons elle-même. Ce terme qui est remplacé par "chambre" pour certaines corporations. Rituellement, on dit que les compagnons "descendent en cayenne" ou "montent en chambre". Au sein de leur Cayenne, Apprentis et Compagnons trouvent le gîte et le couvert, des Maîtres, du travail et autrefois la protection pour leurs familles et pour eux-mêmes. Les stagiaires et les membres confirmés devaient se conformer strictement aux règles et à certains principes de base.

    - la Mère est le nom donné à la femme (épouse d'un Compagnon) qui, après avoir été dame-hôtesse, gère et anime un siège compagnonnique. Elle est choisie par les compagnons pour ses vertus et sa fidélité aux valeurs du Compagnonnage. Compagnon forgeron du devoirElle s'occupe de l'administration, du bon ordre et elle veille à ce que tout se passe bien sur le Tour de France et plus particulièrement pour les nouveaux jeunes arrivants. Par sa sensibilité de femme et de Mère, elle peut être un soutien plus approprié que celui des Compagnons pour des aspirants éloignés de leurs familles ou amis, car elle accompagne moralement les jeunes qui font leur Tour de France.

    Par extension, la mère peut désigner également le siège lui-même. De par son rôle très important au sein de la Cayenne itinérante, elle est respectée par tous ; les compagnons l'appellent "Notre mère".

     

    Apprenti, Aspirant-Compagnon et Compagnon Fini
    Pour devenir Compagnon du Devoir, il faut préalablement devenir Affilié ou
    Cannes de compagnons (XIXe-XXe siècle)Aspirant-Compagnon. Après quelque temps de formation l’Apprenti doit réaliser une "maquette d’adoption". À l'issue de la correction de cette maquette, la communauté des Aspirants et Compagnons jugera si l'apprenti ou le stagiaire peut être "adopté " en qualité d'Aspirant-Compagnon. Cette évaluation donne lieu à une "Cérémonie d’Adoption" ou "d'Affiliation", empreinte d’enseignements et de symboles qui marqueront à jamais l'Aspirant-Compagnon. À cette occasion, ce dernier reçoit ou choisit un surnom lié à sa région ou à sa ville d’origine (exemple : "Alphonse le Berry" ), une canne d'Aspirant-Compagnon, instrument de voyage et symbole de rectitude et de l’itinérance, un chapeau, un habit et des rubans colorés ou un baudrier. Le port de rubans colorés ou du baudrier par les Compagnons est une marque d’identité du groupe et du corps deLe Labyrinthe de la Cathédrale de Chartres (1200)métier. Y sont également imprimés un labyrinthe et la Tour de Babel, invitations à mettre de l’ordre dans son propre esprit ou rappels d’une œuvre demeurée inachevée ; ces deux figures désignent la quête de sens qui devra l'animer sur les chemins du Tour de France. Ces décors ne sont aujourd’hui portés que lors des cérémonies. Le lauréat fait désormais partie de la communauté des Compagnons, et peut partir quand il le souhaite pour commencer son Tour de France qui pourra durer six ou sept ans.

    Au cours de ce périple appelé "cavale" ou "voyage", il poursuivra sa formation auprès de divers patrons et "pays" ou "coteries" qu'il fréquentera sur le Tour de France. Il trouvera partout une maison de compagnons, une "Cayenne" ou "Chambre".

     

    Au retour de sa Cavale, l'Aspirant-Compagnon s'attèlera à un travail appelé communément "Chef-d'Oeuvre". Le chef-d'œuvre individuel existe depuis le Moyen Âge Rosace, cathédrale de Chartes - Franceet fut rendu obligatoire au XVe siècle. Il s'agit d'une œuvre imposée à un Aspirant-Compagnon pour pouvoir passer Maître en devenant Compagnon-Fini. Autrefois il ne pouvait être commencé qu'après sept ans d'apprentissage et son Tour de France achevé.

    Cette création, suivant l'objectif de perfection qu'il s'est fixé, pourra lui demander plusieurs centaines d'heures de travail, voire plusieurs mois ou années pour certains. Il devra attester des compétences acquises par l'Aspirant-Compagnon au cours de ses années d'apprentissage et de voyage.

    L'oeuvre peut parfois être collective (deux ou trois Aspirants-Compagnons).
    Ce "Chef d'Oeuvre" ou "Travail de Réception" étant accompli, celui-ci sera présenté lors d'une autre cérémonie appelée "Cérémonie de Réception" et soumis à l'opinion d'un jury composé de Compagnons et de Maîtres Anciens qui reconnaîtront ou non sa valeur.

    Le déroulement de la Réception constitue un temps fort de la vie du Compagnon par la puissance du rituel et une véritable mise à l'épreuve psychologique du candidat. En cas de réussite, Réception des Compagnons bâtisseurs sur l'île de Rhodes, Guillaume Caoursin (1480)la société lui confirmera alors son nom de Compagnon, complété par une caractéristique liée à son comportement ou sa qualification - le nouveau nom choisi doit marquer l’individu comme une investiture - exemple : "Avignonnais la Vertu"). On lui remettra une canne plus longue, et l'on procédera à de nouvelles frappes spécifiques sur ses couleurs (rubans, cordon ou baudrier).

    Tous les rituels de réception sont composés d’épisodes destinés à éprouver la sincérité, la volonté, le courage, la moralité et l’engagement du candidat. Le serment d’être fidèle au Devoir et à ses Pays ou Coteries en constitue un épisode important.
    Pommeau gravé du blason des Compagnons  Boulangers du Devoir (XIXe siècle)La canne est généralement en jonc, avec un grand bout ferré et un pommeau qui porte le nom du Compagnon, son Rite, sa Corporation, la date de sa Réception ; les cannes sont différentes selon les corporations :
    - Enfants de Maître Jacques : canne à pomme d’ivoire
    - Enfants du Père Soubise : canne à tête noire en corne
    - Enfants de Salomon : canne à pommeau ou Torse.

     

    Quelques sobriquets de Compagnons :
    La Brie l'Ami du Trait : évoque la compétence d’un compagnon dans le dessin ;
    La Clef des Coeurs de Fleurance : souligne le caractère de fraternité ;
    Serrure dite
    Tourangeau l'Ami des Arts ;
    Bordelais le Résolu.

    Enfin, le Premier Compagnon ou "Rouleur" est un Compagnon fini qui assure des responsabilités au sein de la corporation : il est reconnu par ses pairs au cours d'une cérémonie spéciale appelée "Cérémonie de Finition". Il s'occupe en particulier de l'accueil et du placement des Apprentis.

     

    Devise des Compagnons du Devoir :
    "Ni s'asservir, ni se servir, mais servir." ou "Servir sans s'asservir ni se servir."

    Durant la plus grande partie de son histoire, le Compagnonnage ne comprenait que des Stèle de Compagnon, Croatiemétiers qui étaient exercés par des hommes. La force physique nécessaire, la pénibilité et la dangerosité des métiers du bâtiment, les risques liés au Tour de France et l’environnement socioculturel rendaient inconcevable l’admission des jeunes femmes au sein des sociétés compagnonniques.

    L’évolution des mentalités a conduit une partie des Compagnons à envisager le passage d’une société masculine à une société mixte. 

    Des mouvements compagnonniques dissidents se sont ouverts à la mixité dès 1978.
    En 2004, l’Association Ouvrière des Compagnons du Devoir a adopté cette réforme.
    Enseigne en fer forgé, Compagnon dit  
    La première femme Compagnon a été reçue en 2006 (chez les tailleurs de pierre) et d’autres l’ont été depuis dans plusieurs métiers (tapissier, menuisier, boulanger, jardinier-paysagiste, etc.).

    Extrait de la "Règle des Compagnons du Devoir", 2009 :


    "Apprendre à travailler les éléments pour assurer son quotidien et, malgré les difficultés, se perfectionner sans cesse pour devenir avec patience capable de son métier. Mais également apprendre à ne pas gaspiller les ressources afin que d’autres, ailleurs et demain, puissent en vivre.

    Les Compagnons du Devoir se sont engagés à agir dans le respect de l’environnement.
    Dépasser ses propres intérêts et, en Homme libre, se mettre au service des autres. Cela nécessite un travail quotidien sur soi-même, tant pour en acquérir patiemment les aptitudes que pour apprendre à s’effacer."

    "L’homme pense parce qu’il a une main." Anaxagore.

    Détail de vitrail (XIIIe siècle), cathédrale de Chartres - France

    source : http://chercheursdeverites.e-monsite.com/blog/des-racines-et-des-lettres/copains-comme-cochons.html


    votre commentaire
  •  

    "De fil en aiguille"

    Connaissiez-vous l'origine de l'expression "De fil en aiguille" ?

    Les Heures de Marguerite d'Orléans (vers 1430) - France

    Nous utilisons cette expression pour décrire un enchaînement de propos ou d'idées se succédant les uns aux autres.

    Figurant dès 1275 dans "Le Roman de la Rose" (écrit par Guillaume de Lorris et Jean de Meung), cette expression nous vient du Moyen-Âge, époque où les familles comptaient toutes au moins une couturière parmi leurs membres. Très souvent, les femmes aimaient à coudre ou broder en groupe, tout en discutant. À l'instar du fil qui passait dans le chas de l'aiguille, leur conversation passait d’un sujet à un autre selon une certaine logique et dans la continuité. Elles entretenaient ainsi des relations sociales.

    Un peu d'histoire
    La naissance de la couture remonte au Paléolithique Supérieur, grâce à l'invention de l’aiguille à chas permettant d’assembler les pièces de vêtement coupées. Les peaux et fourrures sont alors les seuls matériaux dont disposent l
    Aiguille en os (17 000 ans), Gourdan - Francees hommes pour se vêtir ou créer des abris.
    La plus ancienne aiguille à chas au monde est datée de plus de 45 000 ans ; elle a été découverte dans la grotte de Denisova (Russie). Elle pourrait avoir été faite par des Denisoviens. Réalisée dans un os d'oiseau, elle mesure 7,6 cm.
    Les aiguilles sont d’abord fabriquées en ivoire de mammouth, en os de renne ou en défense de morse. Certaines sont déjà très fines.
    Les Inuits, par exemple, utilisaient le tendon du caribou en guise d'aiguille à tricoter ; les peuples indigènes des plaines américaines utilisaient des méthodes de coutures sophistiquées pour assembler les tipis.
    En Afrique, la couture s'est associée au tissage des feuilles permettant de créer des paniers.
    L'assemblage de vêtements à base de fibres naturelles provient du Moyen-Orient aux alentours de 4000 ans av. J-C., voire plus tôt durant l'Ère Néolithique.

    Au Moyen-Âge, la plupart des femmes françaises apprennent à filer, tisser, coudre et broder. Ce sont souvent les mères qui enseignent la couture à leurs filles.Ciseaux et des épingles du Moyen-Age
    La société médiévale fait preuve d'une aversion pour les mélanges de couleurs, opérations jugées infernales car elles enfreignent l’ordre et la nature des choses. On ne mélange pas les couleurs, on juxtapose, on superpose. Le bariolage sur un tissu est la marque de la souillure, marque infâmante.
    Certaines catégories sociales sont identifiables par les couleurs (seules ou en combinaison) de leurs vêtements, qui leurs sont imposées par des règlements et des statuts sous formes (croix, rouelle, bande, écharpe, ruban, bonnet, gants, chaperon). Ainsi, succinctement et à titre d'exemple, en France :

    - blanc et noir : seuls ou en association désignent les misérables et les infirmes (lépreux)
    - rouge :les bourreaux et les prostituées
    - jaune : les faussaires, les hérétiques et les personnes de confession israélite.
    - vert seul ou jaune et vert : musiciens, jongleurs, bouffons, fous.

    Le Roman de la Rose
    Il s'agit d'une œuvre résumant toute l'aventure de la courtoisie et réunissant sous un même titre deux fictions 
    Pierre de Crescens  (1470), París.jpgallégoriques, composées à intervalle de quarante ans par deux poètes de tempéraments opposés : Guillaume de Lorris et Jean de Meung.
    Dans la première partie écrite vers 1230 par Guillaume de Lorris, le verger ou jardin paradisiaque est un lieu désarmé, où les chevaliers brillent par autre chose que leur force physique et leurs qualités guerrières ; la véritable distinction réside dans le raffinement des manières. L'allégorie de Guillaume de Lorris résume le postulat de base de la courtoisie : elle exalte la force du désir, mais elle refuse la jouissance ultime qui le comblerait et le détruirait en même temps.
    La seconde partie, composée entre 1264 et 1269 par Jean de Meung, est avant tout une satire : l'auteur s'en prend aux ordres monastiques,
    Le Roman de la Rose traduit en anglais par Geoffrey Chaucer,(1440).jpgprédicateurs et mendiants, et surtout aux religieux hypocrites qui n'ont de religieux que l'habit, au célibat des clercs ordonnés, à la noblesse, au Saint-Siège, aux prétentions excessives de la royauté, mais surtout aux femmes. La raison y prend le pas sur l'amour.

    Au long du XIIIe siècle, la courtoisie a connu une évolution, tout en poursuivant un même but profond : domestiquer le mythe de la passion fatale de Tristan et Yseult.

    Le mot "roman" est issu du latin populaire "romacium" formé à partir de l’adverbe "romanice" qui signifie "en langue romaine vulgaire" (comprenant les langues romanes dont l'ancien français, "oil", "oc" et "si") parlées par la population des pays conquis Dés à coudre romains en bronze (Ier siècle)par Rome, par opposition au latin pratiqué par les lettrés.
    Le roman désigne donc une œuvre en langage populaire.
    C'est aux alentours de 1135 que les auteurs commencent à désigner leurs oeuvres narratives sous le nom de "roman". Bien que novateur et original, le roman puise de nombreux motifs dans les genres littéraires qui l'ont précédé. Il est novateur car il mêle les exploits guerriers de la chanson de geste, la vision amoureuse de la poésie lyrique et puise dans les légendes celtiques.
    Enluminure (XIVe siècle) extraite du Roman de la Rose.jpg  
    Dans la littérature française, l'inventeur du roman médiéval est Chrétien de Troyes (1130 - 1180 ou 90). Auteur de cinq romans traitant de la quête arthurienne et de la Table Ronde (il mourut avant de terminer le dernier intitulé le "Conte du Graal") rédigés en vers octosyllabiques et en langue d'oil, .

    Le terme de langue "d'oil", langue "d'oc" et de langue de "si" fut créé par Dante dans son ouvrage "De vulgari eloquentia" en 1303-1304 : il Dés à coudre en laiton et en cuivre (XIIe - XVIe siècles)distingue trois langues romanes selon leur manière de dire "oui" :
    - la langue d’oc (lingua d’oco) parlée au sud de la Loire
    - la langue d’oïl (qui donnera le français) parlée au nord de la Loire ; le "oui" du français moderne est issu de "oïl"
    - la langue de si (qui donnera l’italien).

    Jusqu'au XIIe siècle, exception faite des écrits religieux et juridiques, les textes étaient rédigés en vers octosyllabiques.

    Les Très Riches Heures du Duc de Berry (vers 1440)

     

    source : http://chercheursdeverites.e-monsite.com/blog/expressions/


    votre commentaire
  •  

    1. Les expressions, adages, proverbes...


    Oiseau

    Les mots sont comme les abeilles, ils portent le miel...et l'aiguillon !
    Être doux comme un agneau.
    Il a un regard d'aigle
    Le miroir aux alouettes.
    Faire l'âne pour avoir du son.
    Ane qui saute et brait sans fin, pluie pour demain.
    Sauter du coq à l’âne.
    Ne demandez pas à un âne de juger de l'intelligence d'autrui.
    Qui fait l'âne ne doit pas s'étonner que les autres lui montent dessus. (Proverbe chinois)

    Hésiter indéfiniment, être comme l'âne de Buridan.
    D'un âne on ne fait pas un cheval de course !
    Être têtu comme un âne.
    On ne fait pas boire un âne qui n'a pas soif !
    Il y a anguille sous roche.
    Se faufiler comme une anguille.
    Avoir une araignée au plafond.
    Araignée du matin, chagrin; araignée du soir, espoir !
    Au bout du fil l'araignée, la journée sera mouillée !
    Pratiquer la politique de l’autruche.
    Prendre quelqu'un sous son aile.

    Battre de l'aile

    Être grosse comme une baleine.
    Rire comme une baleine !
    On ne va pas crier haro sur le baudet.
    Il m'a cloué le bec !
    C'est une vrai bécasse...
    Reprendre du poil de la bête…
    La bête s'étire,... le cuir ne sera pas cher !
    Elle a des yeux de biche...
    C'est de la crotte de bique !
    C'est une grande bique.
    Espèce de vieille bique !
    Qu'est-ce que c'est que ce blaireau ? (Individu plutôt antipathique à l'esprit étroit)
    Il est un peu bique et bouc !
    Ils ont trouver un bouc émissaire.
    Mettre la charrue avant les bœufs.
    Être fort comme un bœuf...
    Il fait un vent à décorner les bœufs (et les cocus !)
    Ça fait un effet bœuf !
    Faire un bœuf (entre musiciens)
    Qui vole un œuf vole un bœuf.
    Avoir un bœuf sur la langue (savoir garder une secret).

    Avoir le bourdon…
    Puer comme un bouc ou sentir le bouc.
    Être le bouc émissaire d'une faute…
    C'est kif-kif bourricot.

    Triple buse, t'es bête ou quoi ?

     

    Ici, on se les caille !

    Avoir le cafard.
    Ici, on se les caille !
    Avoir une chauve-souris dans le beffroi.

    Glisser comme de l’eau sur les plumes d’un canard.
    Elles sont bavardes comme des "culs de cane"!
    Ça ne casse pas trois pattes à un
    canard.
    C'est le vilain petit
    canard de l'équipe.
    Il fait un froid de canard…!
    Être muet comme une carpe.
    Le mariage de la carpe et du lapin.

     

    Chat
    Quand le chat n’est pas là, les souris dansent.
    La nuit, tous les chats sont gris.
    J'ai d’autres chats à fouetter…
    Avoir un chat dans la gorge.
    Cette rue est déserte, il n'y a pas un chat.
    Donner sa langue au chat.
    chat échaudé craint l'eau froide.

    Avoir une écriture de chat.
    Jeux de chat, pleurs de souris.
    Appeler un chat, un chat.
    A bon chat, bon rat.
    Acheter chat en poche (sans regarder...).
    Ce n'est pas un chat à prendre sans gant !

    Être à cheval sur les principes.
    Avoir une fièvre de cheval.
    Monter sur ses grands chevaux.
    Ça ne se trouve pas sous le sabot d'un cheval.
    Qui veut un cheval sans défaut doit aller à pied.
    Faire la chèvre pour attirer quelqu'un ou quelque chose…
    Ménager la chèvre et le chou.
    Faire devenir
    chèvre .
    Là où la chèvre est attachée, il faut qu'elle broute.

     

    Chien Chien_m_chant
    Il vous traite comme un chien !
    Être reçu comme un chien dans un jeu de quilles.
    Qui couche avec des chiens se lève avec des puces.
    Caresse de chien donne des puces !
    Il fait un temps de
     chien.
    Se regarder en chiens de faïence.
    Avoir un regard de chien battu.

    Le soir, entre chien et loup…
    Les chiens ne font pas des chats

    Cette poule a du chien, c'est une vraie panthère !
    Gardez-vous de l'homme secret et du chien muet.
    Sauter du coq à l’âne.
    Il est fier comme un
    coq .
    Être comme un
    coq en pâte.
    Si le coq  chante à midi, signe d'un temps de paradis.
    S'entendre comme cochon avec……
    Il est copain comme cochon avec untel...

    Se demander si c'est du lard ou du cochon.
    Cochon qui s'en dédit !
    Donner du lard aux cochons.
    On n'a pas élevé les cochons ensemble !
    A cor et à cri

    Bayer aux corneilles
    (
    Le verbe bayer qui signifie "avoir la bouche ouverte" ne doit pas être confondu ici avec bâiller).
    Être fainéant comme une couleuvre.
    Il nous raconte n'importe quoi, il veut nous faire avaler des couleuvres !



    Crabe

    C'est un vrai panier de crabes…
    La bave du crapaud n'atteint pas la blanche colombe.
    Faire avaler des couleuvres à quelqu'un...
    Pleurer des larmes de crocodile.

    Quelle dinde cette jeune femme !
    Être le dindon de la farce.
    On l'a envoyé garder les dindons

     

    El_phant
    Comme un éléphant dans un magasin de porcelaine.
    Un éléphant, ça trompe énormément !
    Avoir une mémoire d'éléphant
    Être rouge comme une écrevisse.
    Rouler comme un escargot

    N'attelle pas la charrue à l'escargot (proverbe américain)

    Avoir les quatre fers en l'air.
    Avoir des fourmis dans les jambes (ou les pieds)
    C'est un vrai travail de
    fourmis

     

    Grenouille
    Il est frais comme un gardon !
    Ce garnement est un gibier de potence.
    Peigner la girafe.
    Il ne sort jamais sans ses gorilles
    C'est une véritable grenouille de bénitier.
    Manger (ou bouffer) la grenouille.
    Il n'y a pas de grenouille qui ne trouve son crapaud
    (proverbe).
    Faire le pied de grue
    Avoir une taille de guêpe.
    Pas folle, la guêpe !
    Se mettre dans un guêpier.

    C'est à pas piquer des hannetons.
    Du hareng dans le pays, le docteur s'ennui ! (proverbe)
    L'hirondelle ne fait pas le printemps.
    Il chante comme une huître !
    Se fermer comme une huître !
    Raisonner comme une huître.

     

    Lezard
    Poser un lapin à quelqu’un.
    C'est un chaud lapin

    Il ne faut pas courir deux lièvres à la fois.
    Détaler comme un lièvre.
    On attrape pas de lièvre avec un tambour.

    Y’a pas de lézard !
    Elle n'a pas de poitrine, elle est plate comme une limande
    Avoir une tête de linotte.

    Dormir comme un loir.

     

    Lion
    Tourner comme un lion en cage.
    Jeter quelqu'un aux lions.
    Mettre le loup dans la bergerie.
    Avoir une faim de loup

     

    Loup
    Le soir, entre chien et loup…
    Se jeter dans la gueule du loup.
    Être connu comme le loup blanc.
    Amitié de cours, foi de renards, société de loups.
    Avoir des yeux de lynx.

    Dormir comme une marmotte.
    Et la marmotte,…elle plie le chocolat dans le papier ! — Oui, c'est ça !
    Laisser pisser le mérinos.
    Siffler comme un merle.

    Siffle beau merle…!
    Faute de grives, on mange des
    merles.
    Rouler des yeux de merlan frit.

     

    Colombe
    Manger comme un moineau.

    Pépier comme un moineau.
    Avoir une cervelle de moineau.
    Avoir une écriture de pattes de mouche.

    Regarder les mouches voler.
    Prendre la mouche.
    C'est une fine mouche!
    Mais, quelle mouche l'a piqué ?

    Silence! je ne veux pas entendre une mouche voler.
    Ecraser une mouche avec un marteau.

    Revenons à nos moutons.
    Ce sont de vrais moutons de Panurge.

    Ce projet est un véritable mouton à cinq pattes.


    Ours
    Ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier.
    Il (ou elle) est bête comme une oie.
    Avoir un appétit d'oiseau.
    C'est un oiseau de mauvais augure.
    Pousser des cris d'orfraie (Grand aigle de mer).
    Ne pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué.
    Le matin, c'est un ours mal léché !

    Derrière ses allures d'ours à l'extérieur, dedans c'est un vrai pot de miel.

     

    Papillon

    Minute, papillon !
    Retomber toujours sur ses pattes.
    Il a une tête de piaf.

    Il est voleur comme une pie.
    Jacasser comme une pie.
    Se pavaner, être fier, faire la roue comme un paon.
    Je ne suis pas un perdreau de l'année !
    Il souffle comme un phoque.
    Il a une haleine de phoque !
    Être pris pour un pigeon.
    Se faire pigeonner.
    Être le bon pigeon.
    Être gai comme un pinson.

     

    Poisson

    Noyer le poisson.
    Poisson d'avril.
    Faire une queue de poisson.
    Être heureux comme un poisson dans l'eau.
    Se lever avec les poules.
    Tuer la poule aux œufs d’or.
    Tuer la poule pour avoir l'œuf.
    Quand les poules auront des dents.
    Il manque de courage, c'est une
    poule mouillée !
    Il est moche comme un pou.

    Être fier comme un pou.
    Chercher des poux à quelqu'un…
    Il est excité comme un cent de puces...

    Crier (gueuler) comme un putois.
    A la Sainte-Luce, les jours allongent d'un saut de puce.
    Avoir la puce à l'oreille.
    Mettre la puce à l’oreille.

    A la queue leu leu.


    S’ennuyer comme un rat mort.
    Être vexé comme un vieux
    rat .
    A bon chat, bon rat.
    C'est un rat de bibliothèque.

    Les
    rats quittent le navire.
    Question argent, c'est un rat ! 
    (au sens radin, grippe-sou)
    Être fait comme un rat !
    Être rusé comme un renard.
    Renard qui dort n'attrape pas les poules

    Il ronge son frein !
    Chanter comme un rossignol.
    Qui veut avoir des rossignols ne doit pas les chercher dans les nids des hiboux. (A. Poirters - 1696)

    Se comporter comme une sangsue.
    Être serrés comme des sardines.
    Faire le singe pour épater la galerie.
    Ce n'est pas à un vieux singe qu'on apprend à faire des grimaces.
    Les singes grimpent aux arbres, il fera beau demain !
    Payer en monnaie de singe.
    Être malin comme un singe !

    En faire une montagne et accoucher d’une souris.

    Être myope comme une taupe !
    On a introduit une taupe pour les espionner...
    Aller au royaume des taupes.
    C'est une "vieille taupe"  (personne pas facile et sournoise)
    Prendre le taureau par les cornes.
    Méchant comme une teigne.


    Vache
    Oh! la vache !
    C'est une vrai peau de vache !
    Il pleut comme
    vache qui pisse.
    Parler français comme une
    vache espagnole.
    Ça lui va comme un tablier à une
    vache.
    Bouffer de la
    vache enragée.
    Chacun chez soi, les vaches seront bien gardées.
    Les contribuables sont la vache à lait de l'état. (par exemple !)
    Mort au vaches ! (signifiant à bas l'ordre)
    Ces hommes sans pitié sont des vautours !
    Pleurer comme un veau.

    Tirer les vers du nez de quelqu'un.

    Tuer le ver dans la pomme.
    Avoir une langue de vipère.
    C'est un véritable nœud de vipères
    ( imbroglio, sac de noeuds).

    C'est un drôle de zèbre, ce type là ! 

     

    source : http://jardifaune.canalblog.com/archives/2008/02/05/7833479.html


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique