•  Trouvé sur Tadine.ca

     

    Marie-Antoinette CORDINA-FONTANA


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  • Trouvé sur histoire-en-ligne

    Aux anges qui nous voient

    Les contemplations

    - Passant, qu’es-tu ? je te connais.

    Mais, étant spectre, ombre et nuage,

    Tu n’as plus de sexe ni d’âge.

    - Je suis ta mère, et je venais !

    - Et toi dont l’aile hésite et brille,

    Dont l’oeil est noyé de douceur,

    Qu’es-tu, passant ? - Je suis ta soeur.

    - Et toi, qu’es-tu ? - Je suis ta fille.

    - Et toi, qu’es-tu, passant ? - Je suis

    Celle à qui tu disais : « Je t’aime ! »

    - Et toi ? - Je suis ton âme même. -

    Oh ! cachez-moi, profondes nuits !

    Juin 1855.

     

    par Victor Hugo

     


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  • Trouvé sur histoire-en-ligne.com

     Emile zola

    A mon dernier amour

    Hier, enfant, tu m’as dit d’une voix inquiète,
    Souriant et boudant, te penchant dans mes bras :
    Toi qui chantes pour tous, infidèle poète,
    Sur nos jeunes amours ne chanteras-tu pas ?

    Tu fais métier d’écrire et sèmes ta parole.
    Dis ? que ne m’offres-tu ces bouquets que ta main
    Effeuille sur la route, insouciante et folle.
    Je veux glaner les fleurs que tu perds en chemin.

    Je me fâche, je veux que mon regard t’inspire,
    Que tu chantes mon coeur qui bat pour toi. Je veux
    Que tu dises à tous le miel de mon sourire,
    Et me lises tes vers en baisant mes cheveux.

    Va rimer nos amours, dans le silence et l’ombre.
    Je te donne un pensum et te mets en prison.
    Va chercher sur tes doigts la césure et le nombre,
    Et reviens, m’apportant aux lèvres ma chanson.

    Tu le vois, j’obéis, et penché sur ma table,
    Pâle, pressant mon front, ayant de l’encre aux mains,
    Mon enfant, je me donne un mal épouvantable,
    J’accouche avec labeur de ces quelques quatrains.

    J’ai froid. Tu n’es plus là pour me dire : Je t’aime.
    Ce papier blanc est bête et me rend soucieux.
    Lorsque de nos amours j’écrirai le poème,
    Je préfère l’écrire en baisers sur les yeux.

    Eh bien ! non, mon enfant, je t’aime et je refuse.
    Je sais trop ce que vaut l’once de ce parfum,
    Je n’invoquerai pas cette fille de Muse
    Qui vend au carrefour de l’encens pour chacun.

    Je ne t’appellerai ni Manon ni Musette,
    Et j’aurai le respect sacré de notre amour.
    La Laure de Pétrarque est un rêve, et Ninette
    Est l’idéale enfant du caprice d’un jour.

    Je n’imiterai pas les faiseurs d’acrostiches,
    Et, tout au fond de moi, je garderai ton nom.
    Jamais je ne voudrai joindre deux hémistiches,
    Pour enrouler mon coeur autour d’un mirliton.

    Il est de ces amours, banales et vulgaires,
    Qu’un poète menteur drape d’un manteau d’or.
    Il est, dans le ciel bleu, des amours mensongères,
    Que riment à seize ans les coeurs vides encor.

    Mais il est des amours profondes, des tendresses
    Qui forcent les amants à se parler tout bas,
    Emplissant les baisers de leurs âpres ivresses :
    Ces amours, on les vit, on ne les rime pas.

    Nos poèmes à nous, c’est, notre douce vie,
    C’est l’heure, chaque soir, passée à ton côté,
    Ce sont nos nuits de mai, mon rire et ta folie,
    Nos puissantes amours dans leur réalité.

    Toujours nous augmentons l’adorable poème.
    La page, plaise à Dieu, jamais ne s’emplira.
    J’y vais chaque matin écrire : Mon coeur t’aime,
    Et je mets au-dessous : Demain, il t’aimera.

    Voici tes vers, enfant. Je veux, en récompense,
    Que tu me laisses faire un chant à ma façon.
    Je te prends doucement dans mes bras, en silence :
    Mes baisers deux à deux vont rimer leur chanson.

    Écoute-les chanter sur ton front, sur tes lèvres.
    Ils ont le rythme, d’or des amoureux concerts.
    Ils bavardent entre eux, contant leurs douées fièvres...
    J’ai toujours des baisers, je n’aurai plus de vers.

    par Emile Zola

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    Amour

    Les contemplations - Les luttes et les rêves - Juillet 1843

    Amour ! « Loi », dit Jésus. « Mystère », dit Platon.
    Sait-on quel fil nous lie au firmament ? Sait-on
    Ce que les mains de Dieu dans l’immensité sèment ?
    Est-on maître d’aimer ? pourquoi deux êtres s’aiment,
    Demande à l’eau qui court, demande à l’air qui fuit,
    Au moucheron qui vole à la flamme la nuit
    Au rayon d’or qui vient baiser la grappe mûre !
    Demande à ce qui chante, appelle, attend, murmure !
    Demande aux nids profonds qu’avril met en émoi !
    Le coeur éperdu crie : Est-ce que je sais, moi ?
    Cette femme a passé : je suis fou. C’est l’histoire.
    Ses cheveux étaient blonds, sa prunelle était noire ;
    En plein midi, joyeuse, une fleur au corset,
    Illumination du jour, elle passait ;
    Elle allait, la charmante, et riait, la superbe ;
    Ses petits pieds semblaient chuchoter avec l’herbe ;
    Un oiseau bleu volait dans l’air, et me parla ;
    Et comment voulez-vous que j’échappe à cela ?
    Est-ce que je sais, moi ? c’était au temps des roses ;
    Les arbres se disaient tout bas de douces choses ;
    Les ruisseaux l’ont voulu, les fleurs l’ont comploté.
    J’aime ! - O Bodin, Vouglans, Delancre ! prévôté,
    Bailliage, châtelet, grand’chambre, saint-office,
    Demandez le secret de ce doux maléfice
    Aux vents, au frais printemps chassant l’hiver hagard,
    Au philtre qu’un regard boit dans l’autre regard,
    Au sourire qui rêve, à la voix qui caresse,
    A ce magicien, à cette charmeresse !
    Demandez aux sentiers traîtres qui, dans les bois,
    Vous font recommencer les mêmes pas cent fois,
    A la branche de mai, cette Armide qui guette,
    Et fait tourner sur nous en cercle sa baguette !
    Demandez à la vie, à la nature, aux cieux,
    Au vague enchantement des champs mystérieux !
    Exorcisez le pré tentateur, l’antre, l’orme !
    Faites, Cujas au poing, un bon procès en forme
    Aux sources dont le coeur écoute les sanglots,
    Au soupir éternel des forêts et des flots.
    Dressez procès-verbal contre les pâquerettes
    Qui laissent les bourdons froisser leurs collerettes ;
    Instrumentez ; tonnez. Prouvez que deux amants
    Livraient leur âme aux fleurs, aux bois, aux lacs dormants,
    Et qu’ils ont fait un pacte avec la lune sombre,
    Avec l’illusion, l’espérance aux yeux d’ombre,
    Et l’extase chantant des hymnes inconnus,
    Et qu’ils allaient tous deux, dès que brillait Vénus,
    Sur l’herbe que la brise agite par bouffées,
    Danser au bleu sabbat de ces nocturnes fées,
    Eperdus, possédés d’un adorable ennui,
    Elle n’étant plus elle et lui n’étant plus lui !
    Quoi ! nous sommes encore aux temps où la Tournelle,
    Déclarant la magie impie et criminelle,
    Lui dressait un bûcher par arrêt de la cour,
    Et le dernier sorcier qu’on brûle, c’est l’Amour !
     
    par Victor Hugo

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